
Ce roman d'Amadou Kourouma est criant de réalisme, dérangeant même. On en apprend beaucoup sur les enfants soldats, la façon dont on les maîtrise, dont on les forme, dont on les violente. Mais le personnage principal ne tombe jamais dans le pathos. Il continue sa vie, malgré tout, avec un détachement qui veut tout dire. Ce détachement se ressent complètement dans la narration, le ton est naturel, tel qu'on imaginerait un enfant africain parler. L'écriture est ponctuée de ce français d'Afrique, avec des expressions parfois drôles, une authenticité marquante.
J'ai énormément aimé ce roman, la langue m'a transportée en Afrique et j'ai été extrêmement émue par l'histoire de ces enfants. On ne peut pas l'être autrement. Mais il est vrai que l'écriture de Kourouma peut mettre mal à l'aise ou déplaire aux lecteurs tant elle est spécifique:
"Je décide le titre définitif et complet de mon blablabla est Allah n'est pas obligé d'être juste dans toutes ses choses ici-bas. Voilà. Je commence à conter mes salades. Et d'abord... et un... M'appelle Birahima. Suis p'tit nègre. Pas parce que suis black et gosse. Non! Mais suis p'tit nègre parce que je parle mal le français. C'é comme ça. Même si on est grand, même vieux, même arabe, chinois, blanc, russe, même américain; si on parle mal le français, on dit on parle p'tit nègre, on est p'tit nègre quand même. Ça, c'est la loi du français de tous les jours qui veut ça... Et deux... Mon école n'est pas arrivée très loin; j'ai coupé cours élémentaire deux. J'ai quitté le banc parce que tout le monde a dit que l'école ne vaut plus rien, même pas le pet d'une vieille grand-mère. (C'est comme ça on dit en nègre noir africain indigène quand une chose ne vaut rien. On dit que ça vaut pas le pet d'une vieille grand-mère parce que le pet de la grand-mère foutue et malingre ne fait pas de bruit et ne sent pas très, très mauvais.)"